Jason Oddy

Jason Oddy  ·  Royaume Uni · United Kindom

web site: www.jasonoddy.com

La Médina de Sfax

De son bureau dans la mairie de la Médina, Hatem Benmoussa promeut la justice sociale. Depuis qu’il a été élu maire de l’arrondissement de la médina de Sfax en 2012, cet homme d’affaires de quarante-deux ans, membre du parti laïque de gauche Wafa, a cherché à promouvoir une nouvelle attitude civique, celui qu’il espère va encourager le plus de gens possible de commencer à prendre part au processus démocratique postrévolutionnaire.

Une famille vient à lui. La fille est bouleversée. Son père souffre de démence, sa mère est à moitié paralysée. Heureusement, il est au pouvoir de M. Benmoussa de leur accorder un moyen de gagner une petite somme hebdomadaire pour vivre.

Dans l’antichambre, Mahjoub Besbes fait partie d’une demi-douzaine de personnes qui attendent de voir le maire. Soixante-quatre ans et récemment handicapé, Besbes veut l’autorisation de mettre en place un stand où il pourra vendre des chaussettes en dehors de la mosquée de la médina afin, également, de gagner un revenu.

Un jour, la mairie éclate. Un homme crie au registraire. Il crie à l’administrateur. Il crie aux travailleurs derrière les pupitres. Il crie si fort et provoque un tel chahut que toute une bande de gens commencent à le suivre partout. Finalement, les choses atteignent un tel point que le maire émerge, descend et recueille l’homme criant, avec la mêlée de corps coincés autour de lui. Il prend cet ensemble agité de l’humanité et remonte à son bureau. De derrière la porte fermée les cris continuent, jusqu’à ce que soudain ils s’arrêtent. Plus tard, le maire m’a dit que l’homme ne voulait pas payer pour une licence de marchand qu’il n’avait jamais été obligé de payer auparavant. Le maire a raisonné avec lui, disant que s’il ne paie pas, que si personne ne paie jamais, il n’y aurait pas d’argent pour maintenir la Médina.

Au service depuis plus longtemps – mais pas moins importants – sont les fonctionnaires qui tiennent la mairie. Zoufiri Selah Eddin, le registraire. Boukhdir Omar Mourad, l’administrateur. Mohammed Hadj-Kacem, l’inspecteur de la santé environnementale. Quelques-uns d’une dizaine d’employés qui font tout ou presque, depuis l’enregistrement des naissances, décès et mariages, jusqu’à assurer que les déchets sont collectés ou certifier que les restaurants sont propres. Autant de petits et invisibles actes non récompensés. Des actes qui, comme leur pays, titube vers un avenir incertain, continuent à rendre la vie normale, continuent à rendre la vie vivable.

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The Medina Town Hall

From his office in the medina town hall Hatem Benmoussa champions social justice.   Since being elected mayor of Sfax’s medina arrondissement in 2012, this forty-two year old businessman and member of the left-leaning, secular Wafa party, has sought to promote a new civic attitude, one that he hopes will encourage as many people as possible to start taking part in the post-revolutionary democratic process. 

A family comes to him.  The daughter is distraught.  Her father has dementia, her mother is half-crippled.  Fortunately it is in Benmoussa’s power to grant them a way of earning a small weekly sum to live on.

In the anteroom outside Mahjoub Besbes is one of half a dozen people waiting to see the mayor.   Sixty-four years old and recently disabled, Besbes wants permission to set up a stall where he will sell socks outside the medina mosque in order also to earn an income.

One day the town hall erupts.  A man is shouting at the registrar.  He shouts at the administrator. He shouts at the workers behind the desks.  He shouts so loud and causes such a ruckus that a whole band of people start following him around.  Eventually things get to such a point the mayor emerges, goes downstairs and collects the shouting man – along with the scrum of restraining bodies now wedged around him – and takes this agitated bundle of humanity back up to his office.  From behind the closed door the shouting continues, until suddenly it quietens down.  Later the mayor tells me that the man didn’t want to pay for a vending license he’d never been made to pay for before.  The mayor reasoned with him, told him that if he didn’t pay – if no one paid – there wouldn’t be any money to keep the Medina going.

Longer serving but no less important are the public servants who staff the town hall.  Zoufiri Selah Eddin, the registrar.  Boukhdir Omar Mourad, the administrator.  Mohammed Hadj-Kacem, the environmental health inspector.  Just some of the dozen or so workers who do everything from recording births, deaths and marriages to ensuring the rubbish is collected or certifying that the restaurants are clean.  Small, invisible, unrewarded acts.  Acts which, as their country totters along uncharted paths, continue to make life normal, continue to make life liveable.

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